L’écriture au défi: comment analyzer un spectacle vivant.

Paul Bouissac

 

Quelque soit le point de vue du chercheur qui aborde un spectacle pour en comprendre les processus de production du sens, l’analyse doit passer par l’écriture. Il est en effet difficile d’exercer une attention réflexive au cours de l’expérience d’un spectacle vivant, et tout travail sur la simple mémoire d’un tel spectacle, surtout s’il s’agit d’une expérience unique, est sujet à caution. Trop dépend de l’humeur du moment, de la place qu’on occupait, de la sélection opérée dans l’abondance de l’information, des schémas interprétatifs qui ont anticipé et filtré cette information au fur et à mesure qu’elle se produisait. Certes, cette expérience même et  son souvenir peuvent être l’objet d’une analyse phénoménologique. Une telle approche se justifie alors par la considération que la réception globale d’un spectacle particulier est faite d’une multitude de points de vue individuels dont la somme, qui se manifeste sous la forme d’applaudissements plus ou moins nourris et d’une sorte d’émotion collective, n’est pas nécessairement homogène. Chacun peut être ému par des aspects qui ont échappé aux autres. Certains peuvent être simplement entraînés par un comportement de foule. Il n’est pas nécessaire d’avoir compris les mêmes choses ni d’être ému par les mêmes situations ou visages pour participer à une réaction d’ensemble surtout si elle est globalement positive. La plupart du temps, les idiosyncrasies de la réception d’un spectacle ne sont pas immédiatement perceptibles, à moins, évidemment, que les réactions ne soient polarisées par des clivages idéologiques.